Échographie d’une classe à part

«Près de 800 parents-étudiants ont répondu au sondage. On est vraiment contents! On s’était dit que si on avait plus de 500 répondants, on s’achèterait une bouteille de champagne! Malheureusement, notre regroupement n’a pas les fonds nécessaires pour acheter la bouteille», laisse tomber l’assistante de recherche pour le groupe de travail sur la conciliation famille-études Geneviève Guernier.

Alors que très peu d’information existe sur la réalité des parents-étudiants, ce groupe de travail a distribué et analysé un sondage pour mieux connaître la réalité socio-économique de ceux de l’UQAM. Son ultime but est d’établir une politique familiale.

Constat intéressant, environ un uqamien sur six a un enfant à sa charge et deux parents-étudiants sur trois sont des femmes. Une majorité d’entre eux a plus de 30 ans et une très grande proportion a un ou deux enfants de moins de 11 ans. Les parents les plus jeunes s’en tirent apparemment plus difficilement et les hommes semblent mieux vivre la conciliation études-famille que les femmes.

Besoins, besoins, besoins !
Geneviève Guernier explique que les besoins peuvent être très différents d’un parent-étudiant à l’autre. «La réalité d’une mère étudiante de 40 ans qui retourne aux études faire un doctorat alors que son mari gagne un salaire de 120 000$ est loin de celle d’une mère monoparentale de 21 ans dont le réseau social n’est pas très développé.»
Jean-Bernard Gariépy, 27 ans, termine son diplôme d’études supérieures spécialisées en géomatique. Sa conjointe a choisi de rester à la maison pour passer du temps avec leurs deux filles. Les parents de Jean-Bernard ont emménagé juste à côté de chez lui pour aider la petite famille. «Pour nous, ça se passe super bien, mais je ne me verrais pas sans ma blonde ou sans l’aide de mes parents.»

Une plus grande aide financière aux études est l’un des principaux besoins des parents-étudiants, révèle la première partie de l’analyse du sondage. L’aide monétaire actuelle couvre à peine les frais d’appartement de Sandra Lecourtois. Elle évoque une injustice dans la méthode de calcul de l’aide financière. «Dès que tu as un enfant, l’aide financière considère le revenu du conjoint pour établir le montant auquel tu as droit. Mais quand tu es conjoint de fait sans enfant, il ne le considère pas!»

Un plus grand nombre de places en garderie et la mise sur pied d’une halte-garderie adaptée selon l’horaire des cours est également un besoin primordial. Ce dernier service offrirait des blocs de gardiennage permettant de déposer les enfants quelques heures, sans qu’ils ne soient obligés de fréquenter la garderie à temps plein.

Quand on se compare, on se désole
Ailleurs au Québec, la situation est différente. En plus de disposer d’un service de garderie, l’Université de Sherbrooke demande aux facultés de tenir compte de la situation des parents-étudiants et de faire preuve d’ouverture et de flexibilité. Le règlement des études de l’institution précise que toute personne peut obtenir un congé parental d’une durée de 24 mois. Cette période d’interruption n’est pas prise en compte dans le calcul de la durée des études.
À l’Université du Québec à Chicoutimi, un suivi téléphonique est offert aux étudiantes en congé de maternité et l’établissement dispose d’une salle d’allaitement. Le service de pastorale a créé un réseau de parents-étudiants multiconfessionnel à l’Université McGill. Ce groupe possède un petit budget de fonctionnement et reçoit l’aide d’un stagiaire en travail social.

L’institution qui répond le mieux aux besoins des parents-étudiants québécois est l’Université de Montréal (UdeM). En plus des places en Centre de la petite enfance et en halte-garderie, strictement réservées aux rejetons des parents-étudiants, le Service d’action humanitaire et communautaire offre un service d’écoute, ainsi que des bons d’achats de nourriture et de matériel scolaire. Un suivi de grossesse est dispensé et une banque alimentaire est également accessible grâce à un partenariat avec l’organisme Jeunesse au Soleil.

Mesure unique au Canada, le rectorat et la Faculté des études supérieures offrent aux doctorantes de l’UdeM neuf bourses pour congé de maternité d’un montant de 4 000$ pour un trimestre. Une hausse de diplômées au doctorat a été constatée depuis l’instauration de ces bourses. «On perdait de bonnes candidates par manque de sous, se rappelle la coordonnatrice du Comité permanent sur le statut de la femme, Andrée Labrie. On a voulu réagir à cette situation». Par ailleurs, elle constate que la moyenne d’âge des mères-étudiantes diminue et aimerait que ces bourses soient également disponibles pour les étudiantes à la maîtrise.

Le coeur du rassemblement des parents-étudiants à l’UdeM est l’association Cygogne, qui accueille des parents de toutes les universités montréalaises. D’ailleurs, une quinzaine d’étudiants de l’UQAM et leurs enfants participent à ses activités. Les services de l’association incluent une aide financière d’urgence, un lieu d’écoute et de référence, un guide de ressources pratiques ainsi qu’un réseau de gardiennage et d’aide bénévole à domicile. Sur place se trouvent une salle d’allaitement, une aire de jeux avec ordinateurs pour les étudiants, une cuisine collective, un service d’échange de vêtements et un groupe de discussion pour les papas. En 2005, plus de 1 500 étudiants et leurs enfants ont bénéficié de ces services.

Pour en apprendre plus sur les parents-étudiants de l’UQAM et connaître les résultats de l’analyse de la deuxième partie du sondage, il faudra patienter encore. Bien que l’enquête ait été complétée il y a un bon moment, le financement se fait toujours attendre pour la suite des choses. L’analyse devrait être complétée cet été. Décidément, la patience est toujours de mise pour les parents-étudiants.


Cet article a été publié le mardi 5 février 2008 à 17:21 et est classé dans Journalisme . Vous pouvez laisser un commentaire.


© 2006-2013, Tous droits réservés, Érika Leclerc-Marceau