février 2008

L’essor du travailleur

mercredi 27 février 2008

Aye! Les Willings? C’est bon votre nouvel album! Ça sonne! Vous ĂŞtes combien de musiciens? Six! Ça paraĂ®t, c’est riche! Je pense qu’y a un momentum Ă  saisir, allez-vous sortir un autre disque bientĂ´t? Quoi!? Vous ĂŞtes en stand by parce que la bassiste attend un bĂ©bĂ©… Hum… Si tu veux mon avis, vous avez pas besoin d’elle… C’est pas ben spectaculaire de la basse en show, tu peux prendre des bandes, le monde remarquera rien.

Ça marche hein? Je te l’avais dit! La musicienne est déçue? Ben lĂ ! C’était Ă  elle de pas faire un petit… De toutes façons, compte pas sur elle pour jouer avant les deux, trois prochaines annĂ©es, avant qu’à trouve une place en garderie… Ă€ va s’en remettre, sont toutes de mĂŞme les femmes enceintes!

C’est beau ta voix! Tu joues pas de la guitare? Ça ferait un musicien de moins Ă  payer… Le violoniste en joue un peu! Ben go! C’est toujours ben juste des caisses avec des cordes! Ben non! Y’aura jamais Ă  jouer des deux instruments en mĂŞme temps! Voyons! Tu sais pas quoi dire au guitariste? Parles-y de transposition ou de restructuration… Qui fasse comme les gars de Chandler, de Shawinigan, de Chicoutimi ou de Donnacona… Toutes façons, y’est habituĂ© de gratter… Ben qui gratte les cennes!

Je vais vous produire ça, moi, votre nouveau disque! Faut changer de nom par exemple, ça fait fif Les Willings… Quesse-tu penses de Les Wor-kool-ics? C’est bon hein? Je voulais te dire, la joueuse de banjo puis la trompettiste, oublie ça! La paritĂ© hommes-femmes c’est cute dans un conseil des ministres minoritaire, mais dans vraie vie c’est pas de mĂŞme!

Puis, combien de tounes t’as Ă©crites depuis hier? Comment ça t’as juste eu le temps de remplir les papiers de la SODRAC, du CALQ puis de la SOCAN?! J’espère que ça t’a inspirĂ© au moins! Wein, j’ai regardĂ© ça pour changer le kit du drummer comme tu m’as demandĂ©. J’ai trouvĂ©. La tante de ma mère en vend… Connais-tu ça la marque Tupperware-music?

Vendredi soir, je t’ai laissĂ© un message Ă  maison, deux messages sur ton cell puis trois courriels!! Comment ça que tu m’as pas rĂ©pondu on est rendu lundi matin?! Ta blonde t’a quittĂ© parce que tu travailles trop… Ben sacre la lĂ !

Le guitariste-violoniste file pas! Ça doit ĂŞtre un burn out, c’est Ă  mode! Dis-y qui prenne des psychotropes, tout le monde prend ça! C’est le mĂ©dicament le plus prescrit! C’est un genre d’equilizer mais Ă©motif… Ya rien lĂ ! Ça enlève les peaks pour pas que tu bostes dans ta boĂ®te…

Y’est revenu ton violoneux! Je trouvais ça over comme réaction aussi! C’est normal d’y demander de jouer du violon puis de la guitare en même temps. D’ailleurs, j’ai eu une idée, vous devriez avoir du banjo dans votre groupe! Ça serait spectaculaire s’il jouait en même temps de la guitare électrique, du violon électrique puis du banjo électrique dans l’eau! Oh oui! J’ai congédié le batteur qui jouait du Tupperware, y’avait tout le temps les pieds dins plats.

J’ai vu votre dernier show, je suis déçu… Ça sonne pas comme au dĂ©but… Je sais pas, on dirait que tu as perdu quelque chose… Oh oui! C’est dommage que le banjo-guitare-violoniste soit mort Ă©lectrocutĂ©… Fallait l’essayer pour le savoir hein? T’as ben fait de finir le show pareil! … Mais t’avais l’air tu seul avec ta tambourine… Comment ça que c’est fini!?! Tu me lâches!? Moi qui a investi dans toi, temps et argent! Vous ĂŞtes ben tous pareils! Les employĂ©s de mes magasins, de mes journaux, de mes postes de tĂ©lĂ©, de mes maisons d’édition puis de mes systèmes de câblodistribution disent tous la mĂŞme chose!

Fais comme l’oiseau!

mercredi 27 février 2008

Picorer. Picorer fort. Se faire chier sur la tĂŞte, picorer encore plus fort. C’est comme ça, hein? MarchĂ© volatil alors picore, picore! Fais du pain avec des miettes mais continuer Ă  roucouler. Picorer. C’est comme ça, hein? Les prix immobiliers s’envolent. Plus, plus picore! Tes finances familiales battent de l’aile? Du plomb dans l’aile? Restructuration, se faire couper les ailes. Se retrouver le bec Ă  l’eau. Picore… pis quoi encore? Picosser! Pis gosser. Se faire plumer… ĂŠtre le pigeon d’un système plus grand que soi. Reste les graines… avoir pigeon sur rue.

Échographie d’une classe à part

mardi 5 février 2008

«Près de 800 parents-étudiants ont répondu au sondage. On est vraiment contents! On s’était dit que si on avait plus de 500 répondants, on s’achèterait une bouteille de champagne! Malheureusement, notre regroupement n’a pas les fonds nécessaires pour acheter la bouteille», laisse tomber l’assistante de recherche pour le groupe de travail sur la conciliation famille-études Geneviève Guernier.

Alors que très peu d’information existe sur la réalité des parents-étudiants, ce groupe de travail a distribué et analysé un sondage pour mieux connaître la réalité socio-économique de ceux de l’UQAM. Son ultime but est d’établir une politique familiale.

Constat intéressant, environ un uqamien sur six a un enfant à sa charge et deux parents-étudiants sur trois sont des femmes. Une majorité d’entre eux a plus de 30 ans et une très grande proportion a un ou deux enfants de moins de 11 ans. Les parents les plus jeunes s’en tirent apparemment plus difficilement et les hommes semblent mieux vivre la conciliation études-famille que les femmes.

Besoins, besoins, besoins !
Geneviève Guernier explique que les besoins peuvent être très différents d’un parent-étudiant à l’autre. «La réalité d’une mère étudiante de 40 ans qui retourne aux études faire un doctorat alors que son mari gagne un salaire de 120 000$ est loin de celle d’une mère monoparentale de 21 ans dont le réseau social n’est pas très développé.»
Jean-Bernard GariĂ©py, 27 ans, termine son diplĂ´me d’Ă©tudes supĂ©rieures spĂ©cialisĂ©es en gĂ©omatique. Sa conjointe a choisi de rester Ă  la maison pour passer du temps avec leurs deux filles. Les parents de Jean-Bernard ont emmĂ©nagĂ© juste Ă  cĂ´tĂ© de chez lui pour aider la petite famille. «Pour nous, ça se passe super bien, mais je ne me verrais pas sans ma blonde ou sans l’aide de mes parents.»

Une plus grande aide financière aux études est l’un des principaux besoins des parents-étudiants, révèle la première partie de l’analyse du sondage. L’aide monétaire actuelle couvre à peine les frais d’appartement de Sandra Lecourtois. Elle évoque une injustice dans la méthode de calcul de l’aide financière. «Dès que tu as un enfant, l’aide financière considère le revenu du conjoint pour établir le montant auquel tu as droit. Mais quand tu es conjoint de fait sans enfant, il ne le considère pas!»

Un plus grand nombre de places en garderie et la mise sur pied d’une halte-garderie adaptée selon l’horaire des cours est également un besoin primordial. Ce dernier service offrirait des blocs de gardiennage permettant de déposer les enfants quelques heures, sans qu’ils ne soient obligés de fréquenter la garderie à temps plein.

Quand on se compare, on se désole
Ailleurs au QuĂ©bec, la situation est diffĂ©rente. En plus de disposer d’un service de garderie, l’UniversitĂ© de Sherbrooke demande aux facultĂ©s de tenir compte de la situation des parents-Ă©tudiants et de faire preuve d’ouverture et de flexibilitĂ©. Le règlement des Ă©tudes de l’institution prĂ©cise que toute personne peut obtenir un congĂ© parental d’une durĂ©e de 24 mois. Cette pĂ©riode d’interruption n’est pas prise en compte dans le calcul de la durĂ©e des Ă©tudes.
À l’Université du Québec à Chicoutimi, un suivi téléphonique est offert aux étudiantes en congé de maternité et l’établissement dispose d’une salle d’allaitement. Le service de pastorale a créé un réseau de parents-étudiants multiconfessionnel à l’Université McGill. Ce groupe possède un petit budget de fonctionnement et reçoit l’aide d’un stagiaire en travail social.

L’institution qui répond le mieux aux besoins des parents-étudiants québécois est l’Université de Montréal (UdeM). En plus des places en Centre de la petite enfance et en halte-garderie, strictement réservées aux rejetons des parents-étudiants, le Service d’action humanitaire et communautaire offre un service d’écoute, ainsi que des bons d’achats de nourriture et de matériel scolaire. Un suivi de grossesse est dispensé et une banque alimentaire est également accessible grâce à un partenariat avec l’organisme Jeunesse au Soleil.

Mesure unique au Canada, le rectorat et la Faculté des études supérieures offrent aux doctorantes de l’UdeM neuf bourses pour congé de maternité d’un montant de 4 000$ pour un trimestre. Une hausse de diplômées au doctorat a été constatée depuis l’instauration de ces bourses. «On perdait de bonnes candidates par manque de sous, se rappelle la coordonnatrice du Comité permanent sur le statut de la femme, Andrée Labrie. On a voulu réagir à cette situation». Par ailleurs, elle constate que la moyenne d’âge des mères-étudiantes diminue et aimerait que ces bourses soient également disponibles pour les étudiantes à la maîtrise.

Le coeur du rassemblement des parents-étudiants à l’UdeM est l’association Cygogne, qui accueille des parents de toutes les universités montréalaises. D’ailleurs, une quinzaine d’étudiants de l’UQAM et leurs enfants participent à ses activités. Les services de l’association incluent une aide financière d’urgence, un lieu d’écoute et de référence, un guide de ressources pratiques ainsi qu’un réseau de gardiennage et d’aide bénévole à domicile. Sur place se trouvent une salle d’allaitement, une aire de jeux avec ordinateurs pour les étudiants, une cuisine collective, un service d’échange de vêtements et un groupe de discussion pour les papas. En 2005, plus de 1 500 étudiants et leurs enfants ont bénéficié de ces services.

Pour en apprendre plus sur les parents-étudiants de l’UQAM et connaître les résultats de l’analyse de la deuxième partie du sondage, il faudra patienter encore. Bien que l’enquête ait été complétée il y a un bon moment, le financement se fait toujours attendre pour la suite des choses. L’analyse devrait être complétée cet été. Décidément, la patience est toujours de mise pour les parents-étudiants.

Occupation double

mardi 5 février 2008

Carolina Contreras, 22 ans, tient dans une main la lettre d’acceptation en journalisme qu’elle vient de recevoir de l’UQAM et de l’autre, son test de grossesse positif. Dilemme. C’était en 2004. Carolina a opté pour le défi de la conciliation famille-études. Son fils a maintenant deux ans et demi. La mère suivait quatre cours la session dernière, mais, de nouveau enceinte, elle a suspendu ses études le temps de la session d’hiver, question d’accoucher. Elle prévoit terminer son baccalauréat en décembre prochain. Carolina s’occupe à «temps plein» de son fils dont le nom figure depuis plus de deux ans sur la liste d’attente du Centre de la petite enfance (CPE) Mamuse de l’UQAM.

«On est vraiment en retard par rapport à l’Université de Montréal (UdeM)! déplore l’uqamienne. Installer des tables à langer, ce n’est pas la fin du monde, il me semble! On n’a même pas de salle adaptée pour l’allaitement!» Carolina fait partie des 17% de parents-étudiants de l’Université qui doivent concilier l’éducation de leurs enfants et la leur. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils vivent une réalité différente des étudiants réguliers. À l’UQAM, aucune aide particulière ne leur est offerte.

Trois garderies desservent la communauté de l’Université, mais les besoins de gardiennage des étudiants sont traités sur un pied d’égalité avec ceux des professeurs, des chargés de cours et des employés de l’institution. Mère et étudiante à la maîtrise en science politique, Sandra Lecourtois ne comprend pas pourquoi les étudiants n’ont pas priorité sur les autres membres de la communauté. «Le personnel de l’UQAM dispose d’un revenu plus élevé que les étudiants. C’est plus facile pour eux de payer une place en garderie privée.»

Le nombre de places en service de garde sur le campus ne peut répondre à la demande croissante. Le directeur du CPE de l’UQAM, Laurent Forget, n’appelle jamais plus de la moitié des noms sur la liste d’attente. Selon lui, la situation s’était stabilisée en 2005, mais avec le babyboom des deux dernières années, 2008 s’annonce «complètement folle».

Des parents-étudiants nombreux, mais isolés
Des associations d’étudiants d’origines antillaise, turque, portugaise et une association d’étudiants handicapés existent à l’UQAM, mais il n’y a aucun regroupement pour les parents-étudiants. Ce groupe d’intérêt a en commun les enfants, mais également le manque de temps. Rassembler sur une base régulière des gens qui combinent études, enfants et, souvent, travail est un tour de force. Les parents-étudiants interrogés par Montréal Campus disent tous qu’ils ont développé une gestion rigoureuse du temps. Leur horaire chargé laisse peu de place à l’étude, à l’implication sur le campus, aux réunions d’équipes et aux partys de cohorte. Difficile de créer des liens dans ce contexte.

Carolina Contreras a mis une croix sur son rêve de faire carrière en journalisme, parce qu’il lui aurait fallu s’impliquer en dehors des heures de cours pour monter son portfolio. «Quand les cours se terminent, je n’ai qu’une seule envie: retrouver mon conjoint et mon fils!» s’exclame la jeune maman. Après son premier accouchement, elle raconte avoir ralenti le rythme scolaire pour pouvoir allaiter son garçon jusqu’à l’âge de dix mois.

Mathieu Charlebois, 26 ans, n’aime pas vraiment le baccalauréat qu’il a entrepris, mais compte le terminer puisque le jeune papa a le sentiment qu’il ne peut plus se tromper dans son cheminement universitaire.
Sandra Lecourtois parle quant à elle d’un défi intellectuel. «Souvent j’écris, je suis sur un bon filon puis il est l’heure d’aller chercher ma fille à la garderie. Je ne peux alors retravailler là-dessus avant qu’elle ne dorme. Je dois toujours commencer mes travaux un mois avant la remise parce que je ne peux jamais me concentrer uniquement sur mes études. Remettre un travail à une date prédéterminée est difficile pour les parents-étudiants.» Bien que la majorité des professeurs se montrent compréhensifs, c’est le même «son de couche» pour tous les parents: une politique familiale aiderait à mieux concilier les études et la famille.

Un projet mort-né
Pour l’animateur aux Services à la vie étudiante Marc Longchamps, la communauté uqamienne a une obligation civile et morale envers les parents-étudiants. En 2002, Claudine Harvey, une maman-étudiante, lui a proposé le projet d’une halte-garderie, centre de ressources et de rencontres. Elle s’est grandement investie dans la création du Regroupement des étudiants-parents universitaires (REPU). La demande de pré-agrément pour que ce groupe devienne officiellement reconnu par l’UQAM n’a jamais été adressée formellement. Des démarches ont cependant été entreprises pour trouver des locaux disponibles à proximité de l’Université.

Claudine Harvey, monoparentale, Ă©tait seule Ă  monter ce projet bĂ©nĂ©volement et n’a pu le mener Ă  terme, Ă©tant donnĂ© l’investissement de temps requis. Ă€ titre de comparaison, trois salariĂ©s s’occupent de la gestion du regroupement des parents-Ă©tudiants Cygogne Ă  l’UdeM. «Claudine n’a pas Ă©tĂ© bien appuyĂ©e dans ses dĂ©marches et Ă  la fin, elle Ă©tait au bord du burn out, dit Marc Longchamps. Avouons-le, la mise sur pied d’une halte-garderie, ce n’est pas très sexy comme sujet! Les autres Ă©tudiants se disent: « oui mais moi, j’en n’ai pas d’enfant! Ce n’est pas mon problème! »Â» L’idĂ©e de crĂ©er le REPU est nĂ©e en mĂŞme temps que CHOQ FM, Capteurs de rĂŞves et le Centre d’entrepreneurship Ă©tudiant. La mise sur pied de la halte-garderie n’a pas eu lieu parce que ces autres projets ont eu prioritĂ©. «Les associations Ă©tudiantes ont reçu la proposition avec une politesse embarrassante», soutient Marc Longchamps.

Selon lui, l’avortement de l’initiative n’est pas lié à des considérations pécuniaires ou à un manque de locaux. «Depuis que je travaille à l’UQAM, j’entends parler de coupures, mais des projets naissent quand même. Les associations étudiantes prélèvent un million de dollars en cotisations étudiantes chaque année. Je ne dis pas que la solution est simple, mais elle n’est pas si compliquée. L’obligation de l’UQAM est de former des universitaires, mais de façon plus large, c’est aussi de prendre soin des uns et des autres.»


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