avril 2007

OĂą se retrouve l’argent fonds Ă©thiques?

lundi 9 avril 2007

Desjardins propose depuis 2000 un fonds de placements nommé Éthique Équilibré canadien. Ce fonds, vendu comme étant «conforme aux principes d’ordre moral», investit entre autres dans des compagnies comme Wal-Mart, Coca-Cola, Barrick Gold et Suncor Energy.

Desjardins offre également un fonds éthique appelé Fonds Desjardins Environnement. «Ce fonds n’a pas la prétention d’être composé uniquement d’entreprises dites environnementales» affirme Hélène Gagné, directrice de la commercialisation des fonds chez Desjardins dans un colloque sur le développement durable. De fait, selon les états financiers du Fonds Desjardins Environnement, une grande partie des investissements se retrouve dans les secteurs du pétrole et du gaz naturel.

C’est un système de filtrage positif et négatif qui détermine les entreprises dans lesquelles les fonds éthiques investissent. Les compagnies provenant des secteurs du tabac, de l’armée et du nucléaire sont systématiquement exclues, alors que les compagnies qui visent à cultiver des relations progressistes avec les parties intéressées, qui respectent les droits de la personne et qui sont chefs de file dans le domaine des pratiques respectueuses de l’environnement sont favorisées. Le Fonds Environnement est géré par Desjardins, alors que le Fonds Éthique Équilibré canadien est géré par Ethical Funds, une compagnie de Vancouver qui appartient, en partie, au mouvement des coopératives de crédit (Credit Union). Les deux fonds sont gérés différemment, Ethical Funds a trois employés à temps plein qui font des pressions sur les compagnies dans lesquelles ils investissent pour qu’elles respectent et améliorent leur responsabilité sociale. Les interventions des employés avec ces entreprises combinées avec l’utilisation du pouvoir de vote des actionnaires sont parmi les principes fondamentaux de l’investissement responsable selon François Rebello, président-directeur général de Groupe Investissement Responsable (GIR), un regroupement qui fait la promotion de cette manière d’investir. «C’est comme ça qu’on va faire avancer les choses!», s’exclame-t-il. Dans le cas du Fonds Environnement de Desjardins, c’est un comité consultatif formé de spécialistes dans le domaine qui analyse la gestion environnementale des compagnies et qui en fait la recommandation pour une période de 36 mois.

Selon François Meloche, analyste chez GIR, une compagnie comme Wal-Mart, qui fait des efforts au point de vue environnemental, bien qu’elle soit controversée sur le plan éthique, peut passer à travers les maillons du système de filtrage et se retrouver dans un fonds dit éthique. M. Meloche pense que la question du rendement n’est pas à négliger dans un cas comme Wal-Mart. «La première préoccupation [des fonds éthiques] reste le rendement. Si on veut rester en affaires, on n’a pas le choix. L’idée, c’est de trouver un mariage entre l’éthique et le rendement. Les critères sont là pour les cas extrêmes», affirme-t-il. Parmi ces cas extrêmes, il cite la compagnie pétrolière Impériale, qui, il y a quelques années, avait un rendement très intéressant, mais qui a été rejetée par le filtrage à cause du non-respect évident des principes d’éthique. Hélène Gagné reconnaît que les fonds éthiques ne répondent pas nécessairement aux exigences des plus militants. «La notion d’éthique n’est pas la même d’une personne à l’autre», se défend-elle.

Pour Martin Petit, chercheur à l’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS), il y a une grande démarcation entre le discours de Desjardins sur les fonds éthiques et la réalité du placement. Selon lui, le fait que des compagnies comme Wal-Mart, Coca-Cola, Barrick Gold et Suncor Energy se retrouvent dans des placements éthiques est inacceptable du point de vue éthique. «Pour moi, les fonds éthiques, ça ne marche pas dans un système capitaliste mondial puisque les valeurs à la base du système sont non éthiques», commente-t-il.

Desjardins est la seule institution financière du Québec qui offre des placements responsables. Mme Gagné reconnaît que ce type de placements n’est pas promu chez Desjardins. «Il y a une très grande variété de fonds chez Desjardins et nos conseillers financiers ne peuvent pas bien connaître tous les produits» explique-t-elle. Après enquête auprès de plusieurs caisses populaires, force est de constater que cette mauvaise connaissance des fonds éthiques par les conseillers financiers du réseau Desjardins donne lieu à des commentaires pour le moins surprenants sur les fonds éthiques : «Le fonds environnement, c’est plus une question de marketing que d’autre chose» et «ce n’est pas rentable», peut-on entendre.

Sur 3 ans, le Fonds Desjardins Environnement offre un taux de 18,93%, le Fond Éthique Équilibré canadien 6,7% tandis que les fonds non éthiques comme le Fonds Desjardins Équilibré canadien offre 9,3% et le Fonds Desjardins Actions mondiales valeurs 10,6%. La Caisse d’économie solidaire qui fait partie du réseau Desjardins se spécialise dans les placements éthiques et offre plusieurs produits de placements éthiques.

L’investissement responsable représente actuellement 2,5% de l’actif total investi dans les fonds canadiens, soit environ 75 millions de dollars.


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