mars 2007

Élection de valeur

mardi 27 mars 2007

Les résultats de l’élection de lundi n’est que pas celui d’une course à trois. La carte électorale montre bien la fracture géographique des régions: les riches, les anglophones et les communautés culturelles ont choisi le parti Libéral. La classe moyenne, les familles, les banlieues et les villes de grandeur moyenne ont élu l’ADQ et les régions plus pauvres et éloignées ont voté pour le Parti Québécois. La véritable course à trois s’est vécue seulement autour de Montréal. La Montérégie est la seule région avec une répartition des trois partis.

L’ADQ a touchĂ© les rĂ©gions centrales du QuĂ©bec- le Centre du QuĂ©bec, la Rive Nord, Chaudière-Appalache, QuĂ©bec, la Mauricie et Lanaudière-Laurentides – oĂą fourmillent les jeunes familles mĂ»res pour du changement. Ces Ă©lecteurs de la classe moyenne sont tannĂ©s de payer des impĂ´ts pour des mesures sociales qui boitent. Ils ont les moyens de payer pour leur santĂ© et l’éducation de leurs enfants et les propositions et les valeurs individualistes de l’ADQ les interpellent. La privatisation en santĂ©, les allocations pour les jeunes enfants, la rĂ©forme du bulletin ainsi que les mesures fiscales pour protĂ©ger le pouvoir d’achat de la classe moyenne ont sĂ©duit cette tranche de la population.

Les circonscriptions plus pauvres et les rĂ©gions ressources – Abitibi-TĂ©miscamingue, CĂ´te-Nord, Saguenay – Lac St-Jean, GaspĂ©sie et Bas St-Laurent – ont Ă©lu le Parti QuĂ©bĂ©cois alors que, pendant la campagne, on craignait qu’AndrĂ© Boisclair ne rejoigne pas ces rĂ©gions avec son discours intellectuel. Les rĂ©gions Ă©loignĂ©es ont-elles exprimĂ©es des valeurs plus communautaires ou serait-ce leur proximitĂ© aux ressources naturelles qui les amènent Ă  ĂŞtre plus attachĂ© Ă  leur territoire et son indĂ©pendance? La peur du changement est peut-ĂŞtre Ă©galement une piste d’explication.

Les Libéraux ont conservé l’Outaouais et Montréal haut la main, mais en Estrie et à Laval, ils ont résistés à une chaude lutte à trois. Du côté de Laval, les assises libérales ont permis de sauver le conté malgré une progression de l’ADQ. La lutte à trois dans les circonscriptions de Rive-Sud, Laurentides et Lanaudière s’explique en grande partie par la montée de l’ADQ qui a réussi à faire une percée dans ces régions. Ce parti, qui incarne le changement, fait peur à certains et répond aux besoins de ceux qui en ont assez des vieux partis.

Les Québécois ont exprimé leurs valeurs avec ces élections. Cette montée de l’ADQ montre bien l’esprit individualistes des 25-40 ans. Cette génération, qui l’a eu difficile avant que les baby boomers partent à la retraite, a développé une mentalité du chacun pour soi. Son discours trouve écho dans les propos autonomistes de Mario Dumont. L’ADQ est arrivée deuxième dans 40 circonscriptions, les Québécois délaissent les valeurs de social-démocratie qui l’ont sorti de son assouvissement. C’est grâce aux syndicats et aux mesures sociales que les Québécois se sont enrichis. Aujourd’hui qu’ils ont les moyens, ils sabrent dans ces mesures. Nous qui revendiquons une identité culturelle différente sommes en train de basculer dans la grande mouvance conservatrice de l’Amérique du Nord.


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